Micron : première grève du secteur des puces à Taïwan
Grève chez Micron à Taïwan : le syndicat de Taoyuan a mené le premier arrêt de travail du secteur des semi-conducteurs, sur fond de profits de l'IA.
Une grève chez Micron à Taïwan a marqué, le 22 octobre, une première pour l'industrie des semi-conducteurs de l'île. Le syndicat du site de Taoyuan du fabricant américain de mémoire a observé un arrêt de travail de 24 heures, présenté par Nikkei Asia comme la toute première grève du secteur à Taïwan. En jeu : le partage des profits record que l'essor de l'intelligence artificielle apporte aux fabricants de mémoire.
Une grève surtout symbolique
L'action est restée limitée. D'après l'agence taïwanaise CNA (Focus Taiwan), elle a été menée par 11 responsables syndicaux, de 9 heures le jeudi 22 octobre à 9 heures le lendemain. La secrétaire générale du syndicat, Wei Yu-ling, a expliqué qu'elle ne visait pas à perturber la production, tout en prévenant que davantage de salariés pourraient se joindre à de futures actions.
Le syndicat avait obtenu le feu vert à la grève le 7 octobre : sur 2 012 membres ayant voté, 1 994 se sont prononcés pour. Le droit taïwanais impose, avant tout arrêt de travail, une phase de médiation et l'approbation de plus de la moitié des adhérents. Selon CNA, Micron emploie environ 3 000 personnes à Taoyuan, dont 2 335 syndiquées, et 12 300 à Taichung, dont quelque 11 000 syndiquées.
Le partage des profits de l'IA au cœur du conflit
Les syndicats réclament un mécanisme durable qui reverserait aux salariés 15 % du résultat d'exploitation de Micron, via le plan de rémunération variable de l'entreprise. Ils jugent le dispositif actuel opaque. Le contexte explique la tension : la demande en mémoire liée à l'IA dope les résultats des fabricants, comme l'illustrent les derniers comptes de Micron, que nous avions analysés dans notre article sur la pénurie de mémoire vive.
La grève de Taoyuan avait été annoncée en solidarité avec le syndicat de Taichung, le plus grand site. Mais la veille, le 21 octobre, Micron et ce dernier ont signé un accord. Selon le président de Micron Taïwan, Donghui Lu, cité par CNA, il prévoit une prime trimestrielle d'intéressement, des revalorisations salariales structurelles, des primes d'équipe plus élevées, trois jours de congés payés supplémentaires et une hausse de la cotisation retraite de 8 à 10 %. Les montants précis n'ont pas été rendus publics.
Taoyuan se dit écarté des discussions
Le président du syndicat de Taoyuan, Jerry Lin, a critiqué Micron, le ministère du Travail et l'administration du parc scientifique de Taïwan central pour avoir tenu son syndicat à l'écart. « Nos quatre revendications n'ont jamais changé », a-t-il déclaré, estimant que les représentants de Taoyuan n'avaient pas été suffisamment associés aux négociations.
Côté direction, Donghui Lu a dit respecter l'action syndicale et salué une approche « rationnelle et mesurée ». Le site Digitimes rapporte que près de 70 % des membres du syndicat de Taoyuan ont rejeté la nouvelle offre de rémunération de la direction. Le ministère du Travail a indiqué qu'il continuerait de faciliter le dialogue.
Ce qu'il faut surveiller
À ce stade, aucun impact sur la production n'a été signalé. Mais le précédent compte : dans une industrie taïwanaise jusqu'ici épargnée par les grèves, la question du partage de la valeur créée par l'IA est désormais posée publiquement. L'issue des négociations à Taoyuan dira si le mouvement s'arrête là ou s'il s'étend.