IPv6 en France : où en est la transition fin 2025
IPv6 en France : 94 % des clients fixes et 83 % des clients mobiles activés fin 2025, mais seuls 38 % des sites web suivent. Le bilan de l'Arcep.
La transition vers IPv6 en France avance vite du côté des opérateurs, beaucoup moins du côté des hébergeurs. C'est le principal enseignement du baromètre annuel de l'Arcep, publié en juillet 2026 avec des données arrêtées à fin 2025. À cette date, 94 % des clients fixes grand public et 83 % des clients mobiles grand public avaient l'IPv6 activé. Mais seuls 38 % des sites web et 25 % des serveurs e-mail étaient joignables en IPv6, ce qui éloigne toute perspective d'extinction d'IPv4.
Pourquoi IPv6 reste un enjeu
Les adresses IPv4 sont en pénurie depuis 2019, rappelle l'Arcep, et les cinq registres régionaux d'Internet en manquent aujourd'hui. Cette rareté a un coût. L'Arcep relève par exemple qu'OVHcloud facture désormais 2,39 euros TTC par mois chaque adresse IPv4, et que cette facturation s'est généralisée chez les grands hébergeurs et fournisseurs de cloud.
IPv6 n'est pas rétrocompatible avec IPv4 : un terminal uniquement IPv4 ne peut pas joindre un serveur uniquement IPv6. Tant que tous les acteurs ne sont pas passés à IPv6, les deux protocoles cohabitent, ce qui alourdit l'administration des réseaux et augmente la surface d'attaque, selon le régulateur.
Côté opérateurs : presque terminé sur le fixe
Sur le réseau fixe, Free (99 %), Orange (97 %) et Bouygues Telecom (96 %) ont quasiment achevé leur transition pour le grand public. SFR reste en retrait à 80 %, mais progresse de 26 points en un an.
Sur le réseau mobile, Bouygues Telecom (97 %) et Orange (92 %) sont en tête, devant SFR (86 %). Free mobile a fait le plus grand bond, passant d'un peu plus de 1 % fin 2024 à 50 % fin 2025.
Les offres destinées aux petites entreprises sont plus en retard chez certains opérateurs. Sur le fixe, Free Pro atteint 100 % et Bouygues Telecom 96 %, mais Orange Pro n'est qu'à 70 % et SFR Pro à 36 %. Sur le mobile, Free Pro n'était qu'à 2 % fin 2025, l'opérateur annonçant 77 % pour fin 2026.
D'après les prévisions des opérateurs, la quasi-totalité des clients grand public devrait disposer d'IPv6 d'ici fin 2028. Les clients restants seront sur des réseaux en fin de vie : le cuivre doit être éteint d'ici fin 2030 (lire notre article sur la fin du cuivre) et la 3G doit fermer en 2029.
Côté hébergeurs : le maillon faible
Début 2026, 37,7 % des sites web étaient accessibles en IPv6, soit 3 points de plus en un an seulement. Pour l'e-mail, le taux atteint 25,1 %, en hausse de 2 points sur l'année. Parmi les douze principaux hébergeurs en nombre de noms de domaine, Cloudflare, IONOS, Hostinger, LWS, Infomaniak et Hetzner Online dépassent 50 % de sites compatibles. OVHcloud, Amazon AWS, Google Cloud, Scaleway et Gandi proposent IPv6, mais ne l'activent pas systématiquement par défaut. o2switch est le seul de ce groupe à ne pas le proposer.
L'État n'est pas exemplaire : sur 437 sites en gouv.fr étudiés, seuls 8 % sont accessibles en IPv6.
La France en tête du classement mondial
La France occupe depuis novembre 2025 la première place parmi les 100 pays comptant le plus d'internautes. En mars 2026, 75,6 % des clients grand public et entreprises y utilisaient IPv6, devant l'Inde (75,1 %) et l'Allemagne (65,4 %).
L'Arcep cite aussi la République tchèque, dont le gouvernement a demandé aux administrations de ne plus fournir de services en IPv4 à partir du 6 juin 2032. Pour les hébergeurs et les DSI français, le message est clair : activer IPv6 par défaut sur les nouveaux services coûte peu aujourd'hui, et évitera d'avoir à rattraper le retard dans l'urgence.